7 août 2012

Cinquième Conférence inaugurale (collective) 2012-2013


La grosse TINA :
Archéologie littéraire et artistique de l’indignation politique




Université du Québec à Montréal (UQAM)
Salle NT2
(Pavillon Maisonneuve, B-2300 au 405 Maisonneuve est)

Samedi 25 août 2012
De 13h00 à 18h00


13h00 Première séance

  • Marc Angenot (U. McGill) : «L’invention de la critique sociale et l’argument du témoin venu de l’avenir»
  • Anne-Marie David (UdeM) et Sylvain David (U. Concordia) : «Mettre la grosse TINA au régime démocratique : Nous sommes avenir de la CLASSE»
  • Marion Froger (UdeM, chercheure invitée)«Citation et reprise en régime d’image politique (quelques exemples). Vertu et piège de l’anachronisme»


14h00 Deuxième séance
 Président : Jean-François Chassay (UQAM)

  • Bertrand Gervais (UQAM, chercheur invité) : «Resistance is futile. Quand la pensée tient en un dé à coudre»
  • Geneviève Lafrance (UQAM) : «Némésis assassinée : André Chénier victime de Charlotte Corday?»
  • Djemaa Maazouzi (UdeM/Lille 3) :  «Une lecture filiforme des Histoires minuscules des Révolutions arabes (Chèvre Feuille Etoilée/ Éditions Chihab, 2012)»  


15h15 Troisième séance


16h15 Quatrième séance
Présidente : Anne-Marie David (UdeM)



17h15 Mot de synthèse : Pierre Popovic (UdeM)


Entrée gratuite



          Les mouvements de contestation de la mainmise du néolibéralisme sur les esprits et sur la vie démocratique apparus sous diverses formes — révoltes et révolutions des «printemps arabes», occupations de lieux choisis («Occupy Wall Street»), mouvements sociaux («printemps érable»), manifestations de grande ampleur dans de nombreuses villes (Londres, Paris, Montréal, Madrid, Athènes,…) — ont été précédés ou accompagnés par des textes littéraires et par des œuvres artistiques, dont il n’existe à l’heure actuelle aucun recensement complet et peu de ressaisies critiques. Durant cette journée, on tentera de présenter des lectures de quelques-uns de ces textes et de quelques-unes de ces œuvres dans la perspective d’une sociocritique vouée par définition à tenter de comprendre les façons littéraires et artistiques de donner du sens à ce qui se passe. À côté de lectures de grands textes sur l’indignation politique (la lettre d’Olympe de Gouges contre l’arrestation des Girondins en juin 1793, l’indignation hugolienne face au coup d’état dans Napoléon le Petit, l’«Indignez-vous» de Stéphane Hessel traduit partout dans le monde), on retiendra des contributions portant sur des textes et des œuvres produits depuis l’apparition de TINA.
         TINA n’a cessé de grossir depuis le début des années 1980 et a survécu sans peine à la disparition de sa créatrice, Margaret Thatcher. La grosse TINA tire son nom du principe tory majeur qui scella l’alliance du néolibéralisme et du conservatisme : «There Is No Alternative.» Cette alliance, on le sait douloureusement aujourd’hui, a débouché sur des formes nouvelles de guerre et de colonialisme, sur l’importation dans la vie civile des techniques de surveillance et des mesures sécuritaires utilisées dans les «guerres [dites] asymétriques», sur la militarisation des espaces urbains (phénomène d’urbicide étudié par Kanisha Goonwardena et Stefan Kipfer, militarisation des villes étudiée par Stephen Graham), sur le règne de l’économisme et du clientélisme dans les administrations de l’enseignement supérieur et de la culture, etc. Il importe aujourd’hui à la fois de montrer la profondeur historique et culturelle de tout ce qui, sous la bannière de l’indignation et de l’occupation des lieux, s’est opposé à l’idéologème qui porte nom TINA et de mettre en évidence les formes contemporaines de ce désaccord vital, dont il faut parfois craindre qu’il sera toujours à relancer. Tout en lisant des textes  et des œuvres d’art (quelques noms et titres pour donner une idée : Montréal brûle-t’elle ? d’Hélène Monette, Disparaissez les ouvriers de Christine Thépénier et Jean-François Priester, l’apparemment sans aucun rapport Indignation de Philip Roth, les «Montreal Diaries» de la revue n + 1, des essais comme Hope in the Dark de Rebecca Solnit ou Occupying Language de Marina Sitrin, les œuvres murales de Diego Rivera, des raps comme Bank$tEr d’Astram, etc. etc.), on ne négligera pas de soumettre à la critique les réflexes immédiats des idéologues néolibéraux et conservateurs, prompts à lier ces mouvements d’opposition à la délectation morose devant les souvenirs de leur propre jeunesse (retour des «hippies» ou du «lyrisme»), à les ramener à des réactions «émotives» ou «infantiles», à les associer (comme par hasard) à des actions terroristes (des années 60 ou 70 ou d’aujourd’hui), à les taxer de jeunisme, d’antidémocratisme, de communisme, de socialisme, de maoïsme, de boboïsme, d’utopisme en culottes courtes, etc. etc. ad libitum.
         La durée des interventions sera de quinze minutes afin de favoriser les échanges et les discussions.