Appel à contribution



organisées  par le Centre de recherche interuniversitaire en sociocritique des textes (CRIST) en collaboration avec
le Centre de recherche sur le texte et sur l’imaginaire (FIGURA),
le Centre de recherche sur les médiations (CREM/Université de Lorraine-Metz) et le Centre d’étude et de recherche sur les littératures et les oralités du monde (INALCO/CERLOM)


Dates : les 12, 13 et 14 avril 2017

Université de Montréal, salle [à venir]

Thème général :
De la poésie, et des signes qu’elle catalyse

            Quand elle n’est pas directement de combat, à l’exemple des Châtiments de Victor Hugo destinés à abattre symboliquement Louis Napoléon Bonaparte et à venger les victimes du coup d’état du 2 décembre 1851, la poésie n’est que rarement considérée sous l’angle des relations qu’elle entretient avec les représentations politiques, historiques et sociales qui circulent dans la semiosis sociale ou dans la culture qui l’environne. Des philosophes comme Jean-Paul Sartre et des critiques comme Mikhaïl Bakhtine la situèrent même en dehors des débats sociaux et culturels. Tandis que Sartre, après avoir affirmé que les poètes utilisent les mots comme s’ils étaient des choses, c’est-à-dire sans les inscrire dans l’aire d’une communication toujours conflictuelle, ne l’estimait pas susceptible de rejoindre la littérature engagée telle qu’il la concevait (selon lui, elle procède à une évaluation critique du mouvement de l’histoire en cours en établissant un rapport dialectique avec lui), Bakhtine soutenait qu’elle tendait systématiquement à rejeter des voix autres que la sienne propre en sorte qu’elle était étrangère au dialogisme et qu’elle tendait à couper tout lien avec les multiples langages sociaux qui l’entouraient. Cette représentation qui voit dans la poésie une sorte de belle étrangère, enfermée dans une quête esthétique, trop fière pour se compromettre avec la rumeur sociale ou avec les sédiments culturels, et qui refuse d’avouer quelque intentionnalité que ce soit afin de rester énigmatique et pure, a la vie longue et n’est sans doute pas pour rien dans le discrédit, voire le mépris, qui affecte aujourd’hui le genre poétique, notamment dans les programmes d’enseignement. En tant que sociocriticiens et qu’ethnocriticiens, nous nous opposons radicalement à cette façon de concevoir la poésie. Pour nous, la poésie est toujours concrète et branchée sur le monde tel qu’il est dit, chanté, mis en scène, connu, imagé (sociocritique), tel qu’il est dialogisé (ethnocritique) au moment où elle s’écrit. Pour nous, elle n’a pas à être de combat et n’a pas à être intentionnellement polémique pour être «embarquée» (le mot est de Blaise Pascal) par et avec son temps. Quels que soient les mécanismes de sens qu’elle met en mouvement, quelles que soient ses formes, quels que soient ses thèmes si elle en a (parfois, sa seule raison est de parler de la langue elle-même), quel que soit son ton, elle est en interaction dynamique avec la semiosis sociale ou avec le tuf socioculturel qui l’entoure, dont elle tire les matériaux qu’elle altère et fait siens de sorte à leur donner des sens nouveaux. C’est là l’hypothèse heuristique majeure que ces Cinquièmes rencontres internationales[1] des sociocriticiens et des ethnocriticiens exploreront, fidèles à leur parti pris pour une lecture attentive et interactive des œuvres.
            Les propositions de communication pourront porter sur toute la lyre, c’est-à-dire sur des poésies de n’importe quelle époque et de n’importe quelle origine géographique, et c’est-à-dire encore sur n’importe quel genre ou «sous-genre» et sur n’importe quelle forme poétique, des vers de mirliton jusqu’aux proses poétiques les plus sophistiquées, des chansons grivoises au rap et au slam en passant par les chants les plus épiques. On sera attentif cependant à ne pas négliger la poésie récente et contemporaine, qui est incontestablement très vivante, mais dont l’existence n’a pas l’honneur d’être montrée puisqu’elle n’est pas rentable.
            Nous sommes ouverts à tout sujet de communication du moment que celle-ci relève de la sociocritique ou de l’ethnocritique. Mais nous privilégierons quelques types d’intervention et quelques thèmes de réflexion :
1.     Des lectures et des analyses de textes de poésie précis ;
2.     Des études de poèmes convoquant plusieurs arts ;
3.     Les poésies qui ont rompu avec les langages socialisés (langues inventées, lettrisme, poésie exploréenne de Claude Gauvreau, etc.)
4.     Des textes de réflexion sur l’enseignement d’une sociocritique ou d’une ethnocritique du poème.
           
            Les propositions de communication (titre, mention du corpus, descriptif de 10 lignes, notice biobibliographique de 10 lignes) doivent être envoyées aux membres du comité d’organisation pour le 31 octobre 2016
            Comité d’organisation :
                        Sophie Ménard (CREM) : sophiemenard79@hotmail.com
                        Olivier Parenteau (CRIST/FIGURA) : olivierparenteau@yahoo.ca
                       Pierre Popovic (CRIST/FIGURA) : pierre.popovic@sympatico.ca

Responsables scientifiques : Véronique Cnockaert (UQAM/FIGURA), Patrick Maurus (CERLOM/INALCO), Sophie Ménard (CREM/Université de Lorraine-Metz), Olivier Parenteau (CRIST/FIGURA/Collège Saint-Laurent), Pierre Popovic (CRIST/FIGURA/Université de Montréal), Jean-Marie Privat (CREM/Université de Lorraine-Metz).



VERSION IMPRIMABLE






[1] À l’initiative de Pierre Popovic et Patrick Maurus, les premiers échanges eurent lieu lors du Premier Symposium international de sociocritique qui s’est tenu à Paris en décembre 2011. Ils furent suivis de deux Rencontres Internationales thématiques : la première eut lieu à Montréal en mai 2013 sur le thème «Les douze travaux du texte. Au point de rencontre de la sociocritique et de l’ethnocritique : bases épistémologiques, échanges, recherches en cours», la seconde à Metz en juin 2014 sur le thème «Ethnocritique/Sociocritique (herméneutique et pluridisciplinarité)». Les quatrièmes Rencontres prirent la forme de la participation des ethnocriticiens au Deuxième Symposium International de Sociocritique en décembre 2015 à Montréal. Les actes de ces quatre premières manifestations ont été publiés (2011, 2013) ou sont en voie de l’être (2014, 2015).